• Carnet de Corée #4 Gwangju

    Tout commence à Gwangju : plongée historique dans la mise en place d'une démocratie en Corée 

     광주 Gwangju s'était retrouvée dans nos destinations un peu par hasard... Surtout, parce que non loin de là se trouvait 담양 Damyang et ses très connues plantations de bambous. Nous ignorions tout de Gwangju. Et c'était un tort ! Ce fût une superbe découverte car nous en avons beaucoup appris sur l'histoire de la Corée dans cette ville et que coïncidence, un mois plus tard, sortez le film "Taxi Driver" histoire vraie basée sur les évènements qui se sont déroulés à Gwangju en 1980... Donc, sans plus attendre je vous raconte ! 24 au 27 juillet 2017

    Parc devant le complexe des musées de GwangjuNous suivons à la trace le déroulement de mai 1980Forêt de bambous de Damyang

    Alors pourquoi un tel engouement pour Gwangju ?

    Notre périple débute sur la place du 18 mai 1980 où ont commencé les manifestations pour une démocratie en Corée du Sud. Le gouvernement militaire en place, sous tutelle américaine depuis la Guerre de Corée en 1953, a été victime d'un coup d'état en octobre 1979. Et oui... Malheureusement le manque de libertés n'était pas qu'au Nord... Le général 전두환 Chun Doo-hwan qui a pris le pouvoir en assassinant son prédécesseur, réinstaure la loi martiale et réprime systématiquement tous ses opposants sous couvert de la lutte contre le communisme nord-coréen. En gros ceux qui sont contre lui sont accusés d'être communistes et des espions de la Corée du Nord...  C'est dans ce contexte que dès mars de l'année suivante, des professeurs et des étudiants débutent des protestations un peu partout en Corée et particulièrement à Séoul le 15 mai 1980. Ils demandent la fin du gouvernement militaire et de la censure de la presse, ainsi que la démocratisation du pays Mais revenons à Gwangju, sur la place que nous foulons, subsiste encore la fontaine qui fût le siège des premières manifestations non violentes qui eurent lieu à partir du 18 mai 1980 soit en coréen : 오일팔 (o-il-pal) un peu plus loin l'horloge restaurée sonne chaque jour à 5:18 en mémoire du soulèvement de la ville.

    Place du 18 mai 1980Eventails du musée d'art de GwangjuHopital de GwangjuACC Asian Cultural Center

    Que s'est-il passé ce jour là ? Les manifestants contre la fermeture de l'université, obtiennent une réponse de l'état coréen pour le moins inattendue... Sous la forme d'une répression violente de la part de militaires. Celle-ci débouchera même le 21 mai par des tirs à vue sur les citoyens et d'autres atrocités. De quoi faire grandement réfléchir sur la qualité du gouvernement en place si ce n'était pas déjà le cas... Faits encore plus dérangeants, les USA contrôlant alors la partie sud coréenne, n'ont pas bougé le petit doigt pour éviter ce massacre, pire ils ont même cautionné l'intervention des militaires sur les civils. La ville de Gwangju subit un siège jusqu'à la reprise de la ville par les forces militaires un peu trop bien armées le 27 mai 1980. Note un peu plus positive, la prouesse des habitants qui lors de cet épisode vont vivre en complète autarcie en s'autogérant. Pas forcément par choix bien sûr, mais surtout car la dictature en place étouffe les évènements, ne laissant rien passer dans la presse, la majorité des coréens ignorent ce qui se passe à Gwangju : l'accès à la ville est bloqué.

    Quelques rues plus loin, nous entrons dans un musée très bien documenté qui est dédié au soulèvement de Gwangju. Très complet, celui-ci retrace son déroulement des premières manifestations jusqu'à la mise en place d'une véritable République. On y apprend, entre autre que c'est seulement en 2002 que se fera la reconnaissance des massacres perpétués en mai 1980 avec l'instauration d'un jour de mémoire pour les victimes. Même si cet évènement n'est toujours pas entièrement réglé, laissant de nombreuses zones d'ombres. On peut aussi y découvrir un nombre impressionnant d'archives, de photos, de documents, d'enregistrements, de vieux journaux, etc. Deux autres lieux où s'arrêter, pour mieux comprendre l'histoire de la ville, tout d'abord l'hôpital, où dans un élan de solidarité les habitants sont venus faire don de leur sang pour aider les blessés, mais aussi où les chauffeurs de taxis se sont distingués en y emmenant systématiquement les nouveaux blessés. On peut aussi mentionner le rôle des chauffeurs de bus aussi  engagés dans ces affrontements. Le second endroit, c'est l'université, car comme expliqué précédemment, la plus grande partie des premiers manifestants étaient des étudiants et des professeurs et que c'est sa fermeture qui a finalement "mis le feu aux poudres." Si j'ose me permettre l'expression... Pour les curieux qui aimeraient en savoir plus, vous pouvez visionner la vidéo de Léolycanthrope, ou bien le film Taxi Driver ;)

    Berges du fleuve de GwangjuDélicieux BBQ à Gwangjuoù l'on retrouve notre ami Lee Lee-Nam bien engagé <3

    Continuons la visite sur quelque chose de plus joyeux, à côté de ce musée à ciel ouvert, non loin d'une rue dédiée au Street Art comme on en croisera encore en Corée, on peut dire que l'ACC Asia Cultural Center a bien choisi son emplacement ! Ce complexe moderne abrite des archives, des salles de spectacles, des installations d'art, des jardins sur les toits, un espace culturel dédié aux enfants, un café, ... Bref un lieu de rencontre pour tous les âges dédié à la culture sous toutes ses formes, illustrant bien le rôle de capitale culturelle de Gwangju. Pour finir nous longeons la rivière qui est surplombée de ponts artistiques, marchons dans la Wedding Street "rue des mariages" en plaisantant, nous engageons dans le parc 사직 Sajik, où nous faisons le tour d'un mémorial dédié à la police, et d'un autre dédié aux héros nationaux, puis nous montons à l'observatoire de la ville au travers de versants ombragées parmi d'autres monuments pour admirer son implantation vue d'en haut. Bref nous arpentons le centre ville pour dénicher ses derniers souvenirs et secrets historiques.

    Le dernier jour, nous réalisons que nous sommes tombées en pleine commémoration du trentième anniversaire des manifestations démocratiques de juin 1987 (6월 민주항쟁) qui demandaient la révision de la Constitution aux vues du soulèvement de mai 1980 et la reconnaissance par l'état de son rôle lors des évènements. C'est ce même mouvement qui a obtenu des élections libres en Corée du Sud, et l'instauration de la 6ème République, c'est à dire le gouvernement en fonction actuellement. Grâce aussi à l'organisation des jeux olympiques de 1988 à Séoul Deux artistes engagés dans ce mouvement 이상호 Lee Sang-ho et 정호 Jeon Jeong-ho étaient exposés dans le musée d'art de Gwangju, ils utilisaient les estampes afin de diffuser en masse une dénonciation du régime notamment de ses agissements lors de l'épisode de mai 1980 mais aussi de ses suites, avec la torture à mort du président du conseil des étudiants. Dans la pièce à côté on pouvait trouver des bannières et d'autres tissus imprimés avec ces estampes lors des manifestations, dont la plus importante fût organisée le 26 juin 1987 sous la forme d'une « Grande marche nationale de la paix » (국민평화대행진).  

    Mémorial pour les héros nationaux dans le parc SajikMusée d'art de Gwangju - Exposition sur juin 1987Au détour de la Street ArtObservatoire vue d'en bas pour changer

    Nous avons aussi fait notre tant attendue excursion "Journée Panda" à Damyang, malgré chaleur et moiteur de l'air, nous avons arpenté les versants de la forêt de bambou une bambouseraie quoi.... de 죽녹원 Jungnogwon, dans laquelle quelques films et dramas coréens connus ont été tournés expliquent les pancartes. Sous les frondaisons nous trouvons des installations, des bancs, pagodes, hamacs en bambou et etc. Vers midi nous profitons d'une pause bien méritée pour déguster des mets locaux le 떡갈비 Tteokgalbi, la glace au bambou, et le 대통밥전식 Daetonbap Jeonsik un riz cuit avec des fruits secs dans une tige de bambou taillée. On tombe nez à nez avec l'exposition d'un artiste qu'on adore déjà : 이이남 ou Lee Lee-Nam, qui anime sur plusieurs écrans des toiles de maître, en leur donnant plus de profondeur et de réalisme mais aussi en les détournant. Dans un parc proche de la forêt, se dressent des sculptures géantes en bambous, pour changer XD comme deux phœnix ou quelques insectes. Nous avons aussi une fois de plus longé le cours d'eau qui passe dans Damyang pour découvrir de très vieux arbres, d'autres sculptures en tout genre et ce afin de rejoindre l'allée de séquoia géants. Nous avons fini par 죽물방물관 le musée du bambou situé à l'autre extrémité de la ville, où sont exposés des tas d'objets divers et variés fabriqués à base de bambous. On y trouve aussi des explications sur les plantations de bambous et leurs exploitations, avec des reconstitutions de certains moments importants du travail du bambou et bien sûr des boutiques ! Le tout entouré par un jardin avec passerelles en bois contournant des bambous et des statues. 

    Bambou un jour bambou toujoursLes forêts de bambousBallade sur les rives de DamyangMusée du bambou Damyang

    « Carnet de Corée #3 BusanCarnet de Corée #5 Jeonju »
    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks Pin It

    Tags Tags : , , , , , , , ,
  • Commentaires

    1
    domi
    Mardi 20 Mars à 20:11

    Aprés la géo nous voila embarqués en histoire !! Vraiment de belles photos et un récit intèrèssant  !!  Bravo !!!

    2
    Jeudi 22 Mars à 16:12

    Merci j'ai fait de mon mieux pour essayer de retranscrire tout ça :) contente que ça te plaise ! A dans une semaine pour le dernier épisode ;)

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :