Eklablog Tous les blogs
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

bien-etre

Le climat scolaire : et si l'école était un « espace » stressant ?

Publié le par Chokopims

En ce 16 septembre 2026, je serai en train de clôturer ma reprise d'étude en passant ma soutenance de mémoire sur les espaces scolaires ! Il m'a paru opportun de vous prévoir une publication d'article à cette date (mode recherche activé) sur un point important de ce travail sur les espaces scolaires.

J'espère apporter ainsi un axe de réflexion à ce sujet.

Ici tout est sourcé, la biblio est disponible et consultable en fin d'article :)

~ Enjoy-it ! ~

Le climat scolaire : et si l'école était un « espace » stressant ?

Si vous connaissez peut-être déjà la notion de "climat scolaire" dont on parle actuellement un peu partout dans l'éducation nationale, Fischer apporte un autre éclairage à ce sujet qui s'oppose justement au bien-être : celui de l'exposition à des « stresseurs de l'environnement » (2011). Certaines qualités du milieu peuvent déclencher des comportements stressants ou pathologique chez les usagers, ces stresseurs peuvent être par exemple, la pollution, la chaleur, l'entassement, le bruit ou la densité (ibid.). Paquot (2015) les identifie comme des sources possible de repli sur soi, ou d'influence néfaste sur l'humeur ou le caractère. Ces deux derniers critères bruit et densité, définissent cependant objectivement l'espace scolaire, de la part des riverains notamment aux heures d'entrées et de sorties de classe (l'un étant fortement impacté par l'autre).

Il est donc étonnant que la notion de densité dans l'espace scolaire ne soit quasiment pas exploitée, ni prise en compte dans les mécanismes de socialisation et encore plus en termes de géographie de l'éducation. En effet, ce poids de la densité (nombres d'élèves par classe ou par structures par exemple) soulève de nombreuses questions d'aménagement et de contraintes spatiales « il n’est pas indifférent de cantonner durant de longues heures des enfants et des adolescents dans quelques dizaines de mètres carrés. Les normes fixées au XIXe siècle avaient estimé à 1,5 m² au minimum la surface par élève. Ces données varient dans une fourchette relativement étroite : de 2 à 3 m² semblent être une moyenne aujourd’hui dans les établissements scolaires en France. » (Clerc, 2020, p.11). Il est intéressant pour se faire une meilleure idée du potentiel de la question de comparer ces « normes » d'une classe avec les données d'étude de comportement des foules. Selon Moussaid (2021) la norme de densité dans notre rapport à l'espace au quotidien est inférieure à une personne par m², c'est à partir d'une personne par m² que les chercheurs commencent à parler de « foule », même si cela ne gène pas trop la circulation. Cependant à partir de 2 personnes / m² : les recherches montrent qu'on commence à se gêner pour évoluer dans l'espace. Si on transpose cela, dans la proxémie de Hall (1984), cela implique que des personnes commencent à entrer dans notre sphère privée. A partir de 3 personnes /m² : les autres entrent dans notre sphère intime (Hall, 1984). Pour comparer cela pourrait être l'effet ressenti dans une rame de métro du lundi matin : en ressenti (vécu) cela devient désagréable, et ce sont des phénomènes qu'en tant qu'adulte nous essayons d'éviter. Alors que c'est ce que la norme scolaire impose, lors de certains regroupements sur les bancs en classe de maternelle par exemple déclenchant, comme le montre Baudilcault, une lutte des places, où nous pouvons déjà noter des adaptations sociales acquises et genrées (2020). Cela questionne d'autant plus que les préconisations pour un bureau d'adulte, donc un espace de travail, auquel peut être comparé la salle de classe a été défini par une loi du Sénat  en 2017. Elle précise les volumes d'espaces qui devraient être affectés : 10 m² pour un bureau individuel, 11 m² par personne pour un collectif calme et 15 m² pour un collectif « bruyant ». Nous nous rendons bien compte que les moments d'échanges entre pairs ou de travail collectif sont « bruyants » de par nature et que dans ces moments selon la prescription il nous faudrait 15 m² par apprenant. Or si nous reprenons les chiffres avancés par Clerc (2020) nous tournons entre 2 et 3 m² par enfant en moyenne soit entre 7 et 5 fois moins d'espace que préconisé pour un environnement de travail chez les adultes.

« La taille des classes en préélémentaire est en en moyenne de 25,3 élèves dans le secteur public et de 27,0 élèves dans le secteur privé. En élémentaire, elle est en moyenne de 23,0 élèves dans le secteur public et de 23,7 élèves dans le privé. » (INSEE, 2018) avec des inégalités entre milieux ruraux (RPI et classes uniques) et milieux urbains. Il n'existe actuellement aucun plafonnement du nombre d'enfant par classe (sauf ZEP : 25 par classe) comme le montre une question de Brossel au Sénat en novembre 2025 (Sénat, 2025). Étant donné que selon Fischer une « surcharge environnementale » n’apparaît que si l'individu le perçoit comme élément stressant (2011), la question se pose du vécu réel des enseignants et des élèves autour de cette densité : est-elle ou non ressentie comme un entassement ? Cela va dépendre des distances proxémiques socio-culturelles et personnelles de chaque individu... Nous pouvons tout de même constater objectivement, qu'avec une telle densité d'enfant et le nombre de classes par établissement : ce n'est pas un hasard si les « évacuations » des bâtiments sont répétées et coordonnées pour éviter les mouvements de panique (typiques des mouvements de foules dont parle Moussaïd, 2021). Mazalto (2005) explique à ce sujet que pour l'instauration d'un climat scolaire positif, l'échelle humaine est nécessaire, en montrant par exemple que le taux d'absentéisme est plus développé quand il peut être noyé dans l'anonymat des masses (ibid.). De plus, moins il y a d'espace pour chacun et chacune, plus cela implique une lutte des places, avec une incidence plus profonde et marquée encore que celle déjà citée des bancs de maternelle (Baudilcault, 2020) : une socialisation, au cours de la scolarisation, teintée d'un combat pour l'espace qui devient un territoire à conquérir. Cela provoque, plus visiblement au secondaire, des dynamiques de lutte de pouvoir pour l'appropriation des espaces et une lutte des places dans la société des pairs, comme le montre la thèse de Monnard (2017).

Bibliographie :

Baudinault, A. (2020). Psychopolitique spatiale de la classe maternelle. Géocarrefour, 94(1). https://doi.org/10.4000/geocarrefour.15041

Clerc, P. (2020). Habiter l’école. Carnets de géographes, (14). https://doi.org/10.4000/cdg.5918

Hall, E., T. (1984). Le langage silencieux. (traduit par J. Mesrie et B. Nicehall ; 1re éd. 1959). Seuil.

Mazalto, M. (2005). Une école pour réussir : l'effet établissement. L'Harmattan

Monnard, M. (2017). Lutte des places dans la société des pairs : une ethnographie scolaire dans trois cycles d’orientation genevois. Doctoral Thesis, 2017. doi: 10.13097/archive-ouverte/unige:101629

Moussaid, M. [Fouloscopie] (2021, 18 juin). 10 niveaux de foules expliqués avec des tomates. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=Eh7l4Gvx054

Paquot, T. (2015). Habitat, habitation, habiter. Diversité, 179(1), 27‑30. https://doi.org/10.3406/diver.2015.3981

Sénat. (2025, 20 novembre). Nombre d'élèves maximum par classe. Question de Brossel Colombe. Consulté le 20 août 2026 à l'adresse : https://www.senat.fr/questions/base/2025/qSEQ251106759.html 

 

Et d'ailleurs je ne peux que vous conseiller la chaîne de Fouloscopie ! C'est la science de l'étude des foules et c'est édifiant ! Peut-être qu'un autre jour je vous parlerai de la proxémie plus en détail :)

Voir les commentaires