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culture

La guerre du point de vue des vaincus #1

Publié le par Chokopims

En me rendant à Kyoto au Japon pendant l'été 2015, oui tout à fait cet article a mis 11 ans à finir d'être rédigé... et en mettant les pieds dans le musée du manga, je ne pensais pas qu'il allait se passer ...

ça !

La guerre du point de vue des vaincus #1

Un déclic ! Pour mettre plus en avant l'Histoire oubliée des vaincus. J'ai toujours été intéressée par l'Histoire du XXème siècle, notamment par les guerres capables de déchirer le monde, et de montrer le pire de ce que cache l'être humain. Pour quelqu'un d'optimiste me direz-vous c'est un comble... En fait, en plus d'y chercher réponse à une question principale "Pourquoi n’apprenons nous pas toujours de nos erreurs passées ?" j'aime m'intéresser à la construction des récits et aux différentes versions proposées. Plus précisément à celles de nos livres d'Histoire, dans le temps et autour du monde, qui ne racontent pas vraiment la même... d'Histoire... Et c'est plutôt normal puisque ces récits historiques témoignent d'une vision des faits, "subjective" c'est-à-dire située dans un contexte, du point de vue de celles et ceux qui l'écrivent. Et non ne vous en foutez pas !! Puisque cela influence les sociétés actuelles en perdurant comme base de la construction de la culture.

Je vous explique ! On a souvent raconté l'Histoire avec un grand H du point de vue des vainqueurs. Puisque ce sont eux, bien entendu, qui font passer LEUR Histoire à la postérité. Parce que vous vous doutez bien que le peuple opprimé n'a pas vraiment son mot à dire... Et pour illustrer ça, quoi de tel que le tout début de l'Histoire européenne...

Qui a décidé que les peuplades celtes, très variées et non unies, seraient rassemblées sous l'AOP "Les Gaulois" ?

Intervention de notre invité VIP "Grand César" : Les Romains pardi ! Ben vous croyez quoi ? Que le Grand César allait s'embêter à retenir tous leurs noms ? Eh oh ! C'est des peuples conquis. Alors ils vont tous s’appeler les Gaulois parce qu'ils vivent en Gaule. Et puis voilà ! Comment ça y en a un peu partout ? Ben la Gaule du Nord, et celle du Sud. Quoi encore ? Comment ça plusieurs Suds ? Ben divisez ça en deux ! Donnez LUI cette carte ! (regardant la carte) Bon là facile, Narbonne : la Narbonnaise et... y a de l'eau là non ? Aqua... Aquitaine ! IL va créer des zones géographiques pour s'y retrouver. Et mieux gérer aussi... Faut pas pousser ça fait loin à dos de cheval depuis Rome tout ça... Et tiens IL va appeler ça... Des régions ! De quoi les peuples ? Vous plaisantez ? C'est déjà beaucoup trop compliqué. En plus ils vont croire qu'ils ont gagné... Qui c'est Veni, Vidi, Vici ?! 

Voilà voilà merci César et caetera ;) Bon... En vrai ça s'est pas passé comme ça... Pour des infos de première main, lisez la Guerre des Gaules, c'est écrit par l'intéressé ! Tout aussi subjectivement que les miennes cependant...

Pourquoi je vous parle de tout ça ? Dans tout conflit, qu'il aboutisse ou non sur une guerre, il y a deux partis. Donc forcément : deux sociétés, idéologies ou cultures qui s'affrontent, reportant souvent les torts dans l'autre camp. C'est bien connu "depuis mon propre prisme j'ai toujours une "bonne" raison" même si de l'avis des autres la qualifier de "bonne" est tout à fait subjectif... En effet il y a des raisons, des explications à ces conflits : des causes, et ce dans les deux camps. Celles-ci peuvent nous permettre de comprendre, sans justifier et sans légitimer... comment ou pourquoi on en est arrivé là ? C'est ce qu'on appelle communément "la géopolitique" ! Parce que oui, comme chez beaucoup d'animaux, c'est souvent une question de ressources ou de territoires. Sans rentrer dans les débats politiques actuels, pour lesquels je vous laisse vous faire un avis sans polémiquer. Prenons l'exemple de la Seconde Guerre Mondiale, parce que c'est un conflit traité en long en large et en travers en lien avec le Japon... Vous allez comprendre...

On a longtemps entendu parler de la version des gagnants notamment "la France de la Résistance" en passant outre tous les collabos parce que ça nous arrangeait bien d'avoir le beau rôle. Cependant, certains historiens, ont rappelé et expliqué que s'il n'y avait pas eu le Diktat, l'humiliation, après la Première Guerre Mondiale, alors l'Allemagne ne se serait peut-être pas vengée. Cependant... on pourrait aussi leur opposer que si l'Allemagne avait eu une forte capacité de Résilience, alors peut-être qu'il n'y aurait pas eu de guerre... Avec des si on mettrait Paris dans une bouteille... et nous n'allons pas refaire le monde en supposition aujourd'hui ! Bref, en résumé, la Seconde Guerre Mondiale pourrait aussi être réécrite ainsi dans un futur livre d'Histoire : l'Allemagne vaincue par le passé veut revenir sur le devant du tableau historique, avoir sa belle page dans la postérité, et la réécrire à sa manière, mais la France (aidée de ses alliés) ne compte pas lui céder sa place.

Ici on parle de l'Europe mais on pourrait tout aussi bien raconter la colonisation du point de vue des colonisé.e.s, bien tranquille chez eux et elles qu'on vient "civiliser". "Euh, merci mais j'ai rien demandé !" En plus, comme certains peuples transmettaient leur histoire principalement par tradition orale et/ou n'ont pas laissé de traces écrites, c'est un peu trop facile d’effacer leurs petites histoires de la grande Histoire, un peu comme les cartes du monde sont toujours centrées sur le pays qui les a produites, l'Histoire l'est aussi. C'est l'occasion de citer le groupe Sinsemilia qui appuierait sûrement mes propos ainsi : "de l'histoire, notre histoire, ils ont oublié trop d'chapitres : amnésie sélective, bonne conscience collective"... Et si d'un côté du Rhin, l'Allemagne apprend donc à ses élèves l'horreur et la responsabilité pour les crimes de guerre en assumant sa culpabilité dans l'Histoire mondiale ; de l'autre côté, la France elle, ne se prend que trop ou jamais au sérieux quand elle raconte son passé chauvin engoncé dans un vieux et démodé "nos ancêtres les Gaulois" que si vous suivez bien est en plus faux ! ...

Mais... je m'éloigne encore de mon point de départ et je sens que certain.e.s s'impatientent...

Revenons à nos moutons et en l’occurrence, à notre musée du manga de Kyoto, que s'est-il passé ce jour là ? En pénétrant dans les locaux nous sommes tombé.e.s sur une exposition tout à fait intéressante autour du traitement par le manga de la période couvrant la Guerre du Pacifique et ses suites. Une première découverte de notre fameuse "Seconde Guerre Mondiale" du point de vue japonais ! Et là vous comprenez ;) En effet, de l'autre côté du globe, ce conflit prend un autre nom, la colonisation nippone s'étant fait ressentir bien avant que la France et l'Angleterre ne se disent que ça suffisait bien de laisser l'Allemagne envahir les pays civilisés de la majeure partie de l'Europe... De son côté le Japon ne s'est pas fait prier pour suivre l'exemple allemand et envahir lui aussi rapidement ses voisins : la Corée, la Mandchourie, certaines îles russes, jusqu'à ce qu'il tombe sur un os de taille... les USA... vous connaissez la suite...

Nous c'est sur l'exposition que nous sommes tombé.e.s et ainsi la découverte de la vie avant, pendant et après ces épisodes cauchemardesques constituant la Guerre du Pacifique, notamment ceux d'Hiroshima et Nagasaki. Même si depuis j'ai aussi découvert l'Histoire coréenne et chinoise : les fameux torts que les Japonais veulent cacher* (comme quoi comme je vous le disais personne n'est parfait ^^) Ce traumatisme pour les japonais a donné lieu à une explosion de la création ! Notamment pour raconter le quotidien après guerre et ces évènements autour des "hibakusha", le nom donné aux victimes de la bombe, qui sont rejetés par les leurs et le gouvernement.

Dans les années 70/80 les plumes commencent à se libérer, cette période voit, entre autre, la création d'un manga très célèbre appelé Gen d'Hiroshima (1973-1985), récit en partie auto-biographique, écrit en 10 tomes par Nakazawa Keiji que j'ai enfin réussi à lire en entier, après m'être fait prêté la collection complète par Eclectique ! Ainsi qu'une œuvre, la Fillette au drapeau blanc (1989), basée elle aussi sur une histoire vraie (et la photo de la fillette en question); écrite par une mangaka, Tomiko Higa ! L'auteure explique dans sa postface comment elle s'est intéressée à cette histoire et comment elle a réussi à retracer le parcours de la petite fille, en donnant de sa personne. Si vous êtes du genre à avoir besoin d'un point d'ancrage européen, vous pouvez vous attaquer à l'Histoire des 3 Adolfs (1983-1985) d'Osamu Tezuka, son style est particulier, et je ne le trouve personnellement pas à mon goût, mais ça a le mérite de bien expliciter d'autres clefs de ce conflit, et notamment des relations entre l'Allemagne et le Japon, qui ne sont pas souvent traitées dans les cours d'Histoire. Merci Eclectique pour la référence ! Le sujet fait encore parler de lui, et les auteur.e.s continuent de le requestionner, puisque dernièrement Kazuyoshi Takeda a sorti Peleliu : Guernica du Paradis (publié entre 2016 et 2021) qui raconte l'histoire en 1944 d'un soldat, dessinateur, et de sa troupe envoyé sur une île paradisiaque qui ne va pas le rester longtemps... celui-là je ne l'ai pas lu mais il donne envie !

Niveau littéraire pur je me dois de vous conseiller Notes de Hiroshima (1965) de Kenzaburo Ooé (dont je n'affectionne pas les fictions pourtant) un ouvrage très éclairant ! L'auteur y retranscrit des essais de récits reportages de ses différents passages à Hiroshima et sa rencontre avec les "hibakusha". Kenzaburo Ooé nous propose de nous immerger dans l'ambiance qui règne dans la ville au cours de ses séjours couvrants 1964 et 1965. Je peux vous proposer un autre excellent livre sur le point de vue d'un ancien soldat La guerre des jours lointains (1978) de Akira Yoshimura. Au travers de son personnage principal, Takuya Kiyohara, il relate la vie après guerre et le traitement de la question des crimes de guerre à cette période au Japon.

Pour les plus cinéphiles d'entre-vous on peut penser directement au Tombeau des Lucioles (1988) d'Isaho Takahata, qu'on ne présente plus, issu d'un livre en partie auto-biographique de Akiyuki Nosaka, La tombe des lucioles (1967). L'un des premiers films à avoir évoqué la dévastation causée par la bombe atomique s'intitule sobrement Hiroshima (1953) et est signé de Hideo Sekigawa : il a été réalisé à partir de témoignages écrits de survivants. Pour quelque chose de plus récent, on peut se pencher du côté de Lettre d'Iwo Jima (2006) qui même réalisé par un célèbre américain, un certain Clint Eastwood, tente de faire le choix de ne prendre le parti de personne, et de dénoncer plus simplement l'horreur que constitue la guerre.

La guerre du point de vue des vaincus #1La guerre du point de vue des vaincus #1La guerre du point de vue des vaincus #1
La guerre du point de vue des vaincus #1La guerre du point de vue des vaincus #1La guerre du point de vue des vaincus #1

J'espère vous avoir éclairé un peu plus sur la question, et donné envie de vous intéresser à l'Histoire du point de vue des vaincus à votre tour. Je suis loin d'être exhaustive et objective dans mes choix, car je n'ai malheureusement pas tout lu, ni tout vu, de plus le net regorge déjà de recommandations à ce sujet, que vous aurez tout temps d'approfondir à votre guise tout comme moi. Enjoy-it !

 

* Si le sujet vous intéresse je peux vous conseiller de vous renseigner pour la Corée, autour des "femmes de réconforts"  notamment avec le livre Filles de la mer (2018), de Mary Lynn Bracht, qui raconte l'histoire des haenyo sur l'île de Jeju, qui sont envoyées en Mandchourie pour les troupes japonaises. Je vous reconseille I can't speak (2017) et aussi deux bons films historiques ! The Age of the Shadows (2016) qui raconte la vie en Corée occupée par le Japon dans les années 20 et Battleship Island (2017) sur l'évasion massive des travailleurs coréens forcés, prisonniers sur une île japonaise. Du côté chinois, le "massacre de Nankin", est l'élément le plus marquant de cette période pour commencer, âmes sensibles s'abstenir. Un beau livre à ce sujet, qui fait croiser les éléments réels et la science-fiction est L'Homme qui mit fin à l'Histoire (2011) de Ken Liu.

Et si tout ça vous a plu et que vous voulez encore en savoir plus, vous pouvez : me laisser un commentaire, attendre un prochain article à ce sujet ou encore nous conseiller et confier vos propres découvertes et coups de cœur à ce sujet !

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Perfect days de Wim Wenders

Publié le par Chokopims

A la base, nous devions aller voir Le garçon et le héron, le dernier Miyazaki. Mais mon amie Eclectiste était malade... J'ai cherché un film en japonais (version originale sous-titrée) pour compenser sur un soir qui nous convenait à toutes deux. J'ai trouvé Perfect Days en regardant rapidement le synopsis "tranche de vie" je me suis dit que ça plairait à Eclectiste, et qu'en plus ça parlait des toilettes publiques de Tokyo sujet qui promettait d'être original et amusant.

Une fois bien assise au creux d'un fauteuil du cinéma, apparait sur l'écran "un film de Wim Wenders" ... Ah... mais c'est pas vraiment un film japonais en fait ? Et... mais... attends... c'est pas lui qui a réalisé Les ailes du désir ? J'ai eu un petit moment de panique, car c'est un film que j'ai visionné suite aux conseils d'un de mes oncles (fan incontesté de Wim Wenders) mais dans lequel je me suis ennuyée du début à la fin, car le rythme était très lent... Trop lent pour moi à vrai dire et il ne s'y passait pas grand chose d'intéressant de mon point de vue.

 J'ai mis de côté ces préjugés pour laisser place au film et ... j'ai eu raison !

 

Perfect days de Wim WendersC'est en mode écran carré étonnant que débute le film et que nous sommes directement plongé dans un autre monde, celui du protagoniste. Son quotidien détaillé dès la première scène, l'absence de dialogue, est tellement reposant. C'est un éloge du moment présent, de prendre le temps, des gestes simples, de la méditation, et cela résonne avec une certaine sensibilité japonaisemais aussi avec le choix d'écriture du personnage ! Les choix des musiques de l'OST sont géniaux, rendant un cachet particulier. On s'intéresse donc à la vie quotidienne de ce cinquantenaire qui se réjouit de chaque petite chose, s’émerveille de la simplicité de la vie et nous fait entrer dans son quotidien bien régulier fait d'habitudes millimétrées. L'architecture et l'urbanisme de Tokyo sont particulièrement mis en valeur par les plans travaillés, qui sont tous marquants et beaux.

J'ai adoré découvrir la composition du bâti de tous ces différents toilettes en matière d'urbanisme, son trajet quotidien pour aller dans le centre ville et en revenir. Cela m'a rappelé beaucoup de choses de mes cours d'habiter/mobilité et je me suis dit que j'aurais sûrement choisi ce film à traiter s'il était déjà sorti pour exploiter tout son potentiel en terme de géographie. Contraste entre ce qui reste du passé du Japon et le moderne comme les petits temples perdus, et les écrins de nature persistants, les bains publics où ne se rendent plus que les vieux habitués, les petits restaurants de yakisoba de la gare où on se retrouve en fin de soirée après le travail, les fameux et indémodables distributeurs de boissons, les petites voitures citadines, les bonsaïs et tout cet art de vivre à la japonaise. Le monde en changement qui se fait autour de notre personnage et sa satisfaction du travail bien fait. Il faut aussi dire que l'acteur japonais, Koji Yakusho (d'ailleurs récompensé par le prix d'interprétation masculine à Canne), qui a le rôle phare y est pour beaucoup, incarnant vraiment son personnage, il est attachant et bluffant !

 

Une autre particularité intéressante, le fait que ce film nous plonge comme un observateur de la vie des personnages à l'écran, et nous transporte au Japon, comme un visiteur qui détaille ce qu'il rencontre et ce qu'il voit, sans jugement. L'ambiance du film, au travers des différentes séquences, par le travail de la photographie ainsi que celui sur les sons, sont à saluer pour le rendu final ! L'enchainement des plans, liés aux sons si importants et caractéristiques, comme le bruit du balai qui le réveille le matin, ou les cris des corbeaux dans le temple, le souffle du vent dans les feuilles, sont retransmis avec une précision et une perfection agréable pour les yeux et les oreilles. Il est émouvant, poétique et rafraichissant, donne envie de suivre l'exemple de ce cinquantenaire japonais, et de nous aussi, nous arrêter et prendre la mesure du temps présent, et de sa beauté. Un hymne à la vie quotidienne et ses petits riens, ses petites choses si insignifiantes qui pourraient être tellement plus.

Un film à voir, et à découvrir :) Enjoy-it ! 

Bande annonce à visionner ici :)

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Carnet d'Europe #3 Allons valser à Vienne

Publié le par Chokopims

En posant les pieds en Autriche, le temps d'un weekend, début février, j'imagine avoir un bon avantage sur la majorité des autres visiteurs, c'est que je baragouine l'allemand... Je dis bien "baragouine" parce que vu la vitesse où les gens switchent en anglais pour me répondre j'ai des doutes sur mes capacités réelles... ^^  Cela ne m'a pas empêcher de passer un excellent séjour à Vienne comme vous allez le constater !

KarlskircheRestaurant du musée d'histoire des artsBibliothèque de Charles 6Eglise votive

Encore un paquet de culture et d'histoire à arpenter, des rues à quadriller, des nouveaux espaces à explorer, des architectures et de l'urbanisation à admirer ou commenter, des us et coutumes locales à détailler, des hypothèses à formuler, ... Bref la géographe est motivée et s'engage bien chaussée sur les rues pavées de Vienne au travers du vieux centre ville, mais aussi des endroits plus improbables où j'aime me perdre en tant que touriste atypique.

Je me rends alors compte que je commence à avoir un plan d'action bien établi pour visiter une ville nouvelle : établir un itinéraire essentiellement à pied pour voir la ville depuis les rues, être à l'affût des bons plans, passer en revue un maximum de coins différents pour avoir une vue d'ensemble, essayer des coins où on trouve la majeure partie des locaux, repérer les lieux historiques et les lieux à ne pas manquer de mon point de vue strictement personnel. C'est ainsi que le premier soir j'ai passé quasiment quatre heures complètes au musée de l'histoire des arts ouvert tous les jeudis jusqu'à 21h ! J'ai pu y admirer après une exposition détaillée sur les monnaies et leurs frappes, des chefs-d’œuvre de l'Histoire des Arts justement, une belle collection de Brügel la tour de Babel, Chasseurs dans la neige, ..., des artistes européens comme le Caravage, le Tintoret, Rembrant, Rubens, Rembrant, Velasquez, Rafael, Arcimboldo, ... et j'en oubli ! L'étage du bas était réservé aux Antiquités, des étrusques, aux romains, grecs et égyptiens, une collection tout aussi intéressante pour laquelle nous avons un peu manqué de temps... Petit retour en arrière, avant cette plongée, je me devais d'honorer de ma visite un petit écrin des savoirs, je me devais de pénétrer dans la bibliothèque impériale de Charles VI, dont la statue trône au milieu de rangées de livres datant de Charlemagne pour les plus anciens, avec l'écriture carolingienne reconnaissable. quatre-vingt mètres de long sur trente mètres de haut, des livres jusqu'au plafond, des escaliers en bois coulissants, une pièce décorée avec des statues des anciens monarques de la famille des Habsbourg, des peintures murales du plafond très détaillées, et quatre globes vénitiens de Coronelli, dont un avec des cartes célestes. Une belle soirée culturelle venait de s'écouler.

Observatoire UraniaHundertwasserhausFlakturm d'AugartenArchitecture moderne des quartiers résidentiels

La seconde fin d'après-midi, je me suis lancée dans une remontée dans le temps au travers de l'architecture religieuse en visitant une grande partie des plus belles églises du centre ville de Vienne ! Dans l'église votive, la Peterskirche, la Karlskirche et le Stephansdom pour citer les principales, il y a en a pour tous les goûts ! Du gothique, au baroque, en passant par le rococco et les églises orthodoxes et grecques les styles architecturaux et les décorations ne manquent pas. J'ai même été pile à l'heure pour l'encens et le début de la messe dans la Karlskirche, dernière église où j'ai mis les pieds pour clôturer ce pèlerinage. En soirée j'ai fini dans un Café Neko pas du tout typique tradition autrichienne, mais nouvelle vague européenne, comme on peut l'attendre de la capitale viennoise. 

Cervidés dans le cimetière centralParlement autrichienArsenal de VienneSchlossbelvedere

De mon samedi de libre j'avais tracé un itinéraire de randonnée urbaine qui m'a bien occupé la journée ! Je suis partie en direction des Flakturm, ces tours blockhaus, de défense anti-aérienne datant de la Seconde Guerre Mondiale qui défendait les villes importantes du Troisième Reich dont Vienne on peut aussi en trouver à Berlin et Hambourg deux se dressent encore dans le parc d'Augarten où l'on trouve aussi une ferme de ville ! Et de nombreux chiens en balade et deux autres dans l'Arenbergpark, lui plutôt dédiés aux enfants, aire de jeux bancs colorés, cabane à livre près des vestiges de ce milieu de XXème siècle mouvementé. Je me suis ensuite rendue sur les bords du canal du Danube d'où on peut admirer un aménagement de Street Art sur une bonne partie des rives et l'ancien observatoire Urania qui se dresse fièrement à l'embouchure du bras de canal qui dessert le Stadtpark. Un petit tour du côté de l'immeuble et du village Hundertwasser, un artiste autrichien bien connu pour ses travaux tout en couleurs et en formes mais aussi ses compositions d'ouvrages urbains associées, pour la suite du programme architectural c'est l'impressionnant et vaste arsenal de Vienne qui a surtout retenu mon attention !

Arsenal de VienneStreet ArtFlakturm d'AugartenEglise grecque

S'enchaîne un petit tour par le parc et le château du Belvédère où le jardin botanique était malheureusement fermé pour travaux, une visite impromptue de quartiers résidentiels avec pause déjeuner en prime, pour admirer le bâti et les aménagements urbains à destination des locaux. Ensuite je pars sur les traces de grands artistes des siècles derniers, dans l'ancien cimetière Saint Marx notamment où on trouve la tombe de Mozart Mozartgrabe puis dans l'immense cimetière central, très ouvert et tellement gigantesque !!! Qu'on y circule en voiture s'il vous plait !! Il y a un secteur pour chaque religion véridique ! créant une cohabitation (sectaire me direz-vous mais cohabitation tout de même) et ça donne l'impressionnant réelle d'être égaux dans la mort, espérons que les vivants s'en inspire un peu. Pourquoi y aller me demanderez-vous ? Parce qu'il y a des artistes plus ou moins connus internationalement principalement les compositeurs donc... Beethoven, Strauss, Brahms et Schubert notamment mais aussi les anciens présidents d'Autriche et des chanteurs comme Falco ou Udo Jürgens. Mais aussi pour voir toutes ces petites allées et y admirer des biches en liberté et un coucher de soleil magnifique. Il m'a fallu presque autant de temps que dans le musée pour en faire le tour... Il me restait à revoir une dernière fois le centre ville historique et notamment le Parlement de François 1er d'Autriche et l'hôtel de ville Rathaus aux tours blanches et sculptées qui ressemble à une église, pour clôturer cette journée agréablement chargée

Street Art le long du canal du DanubeRuelle de VienneRathausPetite boutique au détour d'une rue

Une belle expérience que cette visite de Vienne, qui doit être une ville où il est intéressant de vivre, notamment du point de vue de son apport culturel ! Je n'ai pas parlé de l'Opéra, mais le tarif des places vaut vraiment le coup pour passer une soirée tout aussi réussie :) Une ville qu'il faudrait encore explorer et arpenter pour mieux l'appréhender... Qui sait peut-être lors d'un prochain voyage...

En attendant, Vienne montre qu'elle sait rester une capitale marquée par le poids de son héritage impérial, tout en dévoilant une ville vivante où les traces du passé côtoient les usages contemporains et les espaces du quotidien.

 

 

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C.G. Jung et sa Dialectique du Moi et de l'Inconscient

Publié le par Chokopims

C.G. Jung et sa Dialectique du Moi et de l'Inconscient

Avec Léoly on parle souvent bouquin... on échange paroles et livres, on se conseille des lectures, on critique fond et forme, on débat, ... Bref on élargit notre vision des choses. Dernièrement on a commencé à discuter sur des notions de psychologies, grâce ou à cause de la Time Line des BTS qu'elle décode dans son blog ;) et que moi, petite scientifique de formation, était loin de maitriser. Elle me parlait de "Persona" "Ombre" "Anima" et "Animus" et avançait un certain Carl Gustav Jung père fondateur de ces idées...

Curieuse j'ai donc emprunté le livre où reposent les bases de ces concepts pour mieux comprendre de quoi il en retournait... Et puisque je l'ai lu et que j'ai énormément de choses à dire à ce sujet vous allez non ne me remerciez pas écoper d'une critique tout à fait personnelle de la Dialectique du Moi et de l'Inconscient de Monsieur Jung.

 

C'était qui ce Carl Gustav Jung déjà ? Un médecin psychiatre (1875-1961), père fondateur de la psychologie analytique, un des premiers disciples de Sigmund Freud ouioui celui là même obsédé par le complexe d'Oedipe et l'hystérie soit disant typiquement féminine qui vous rebute à l'entrée dans l'histoire de la psychanalyse... Ne le détestez pas tout de suite en le mettant dans le même panier ! Pour sa défense, ils se sont séparés d'un commun accord pour "divergences de points de vue à la fois théoriques et personnelles"... Et puis Jung, grâce à ses travaux, a aussi dressé les bases des différents types psychologiques, et ce dès 1921, que l'on retrouvera développées et retravaillées en 1962 dans le fameux test MBTI (Myers Briggs Type Indicator) dont vous avez peut-être déjà entendu parler surtout qu'il a le vent en poupe en ce moment. Carl Gustav Jung est un chercheur, essayant de faire avancer la connaissance de la psyché humaine. Pour cela, il consigne ses découvertes, il s’appuie sur ses cas cliniques afin d'étayer ses propos et élaborer des théories psychologiques en résultant.

 C.G. Jung et sa Dialectique du Moi et de l'Inconscient C.G. Jung et sa Dialectique du Moi et de l'Inconscient C.G. Jung et sa Dialectique du Moi et de l'Inconscient

Bon et qu'est-ce qu'il en dit de notre fonctionnement psychologique dans son livre ? Avec ici, en vrac ce à quoi j'ai (sur)-réagi ...

- La notion de Persona, ces "masques" de personnalités publiques, à l'origine persona étant le nom latin des masques portés au théâtre. En fonction des normes sociales des groupes auxquels, l'humain veut ou va appartenir, il développe cette ou ces Persona, ces masques afin d'aligner sa personnalité et ses comportements aux demandes et aux attentes de l'environnement extérieur : il se fond dans la norme et s'adapte pour survivre. A vrai dire il y a pas mal d'expressions liées à cette image comme "tomber les masques" ou "ne pas se fier aux apparences". Il est difficile de nier que tout être humain s'adapte aux normes de la société, de la culture dans laquelle il nait, grandit et vit. Les valeurs peuvent être différentes et on accepte certaines choses dans une société, communément admise, qui ne le seront pas dans une autre. Historiquement parlant la société et les normes sociales de Jung, ne sont pas les mêmes que les nôtres et cela se lit clairement dans son style et son traitement de la gente féminine pour ne citer que cet exemple. On obtient donc un humain conforme à la société, non pas conforme à lui même et qui n'est pas toujours lucide à ce sujet, ne se rend pas compte, qu'il a été façonné dans le milieu, l'environnement, qui l'a fait grandir. ça emmène à se poser beaucoup de question dès le début de ses essais Jung va plus loin en disant que : si on s'identifie trop à notre Persona et qu'on ne prend pas conscience qu'elle existe, que l'on se cache donc derrière nos masques, il peut y avoir une grave crise psychologique. Il ajoute que toutes les Persona cachent leur part d'Ombre et que celle-ci est plus ou moins grande en gros tout ce qui ne sera pas acceptable dans la société dans laquelle la personne vit.    

- L'Ombre donc... Le côté obscur de la force, Je suis ton père Luke... notre côté sombre, lié aux côtés primitifs, égoïstes, désavoués et refoulés ça vous rappelle t y pas quelque chose ? Freud bien sûr ;) C'est un peu la théorie de Dr Jeckyll et M. Hyde. Mais... ce n'est pas forcément que du négatif qui est refoulé, là est l'idée intéressante derrière ! Ce qui est réellement "enfermé" dans l'Ombre, c'est seulement tout ce qui ne correspond pas, n'entre pas dans les cadres de la société et de ses normes. C'est ce qui est considéré comme "mauvais" dans les termes de l'éducation qui a été imposée, et remettons encore une fois en contexte, historiquement parlant pour Jung, par la société judéo-chrétienne européenne et ses mœurs morales. Jung nous explique qu'il existe différents types d'Ombre et que les confronter, leur faire face, en avoir conscience, permet d'atteindre le bien être et la liberté. S'échapper des carcans de la société à laquelle on s'est adaptée et se demander réellement si ce trait de caractère en nous est bon ou mauvais d'un point de vue totalement objectif. Faire renouer sa Persona et son Ombre, afin d'être soi enfin là j'extrapole à ma propre interprétation.  

- La où ça dérape... Une justification de l'adultère de l'homme et de l'homme seulement j'insiste peut-être pour se donner à lui bonne conscience... je me retrouve nez à nez avec une phrase du genre "l'homme voit la pluralité de la femme et la retrouve dans chacune de ses maitresses". De mon point de vue de femme du XXIeme siècle j'avance donc, avant de continuer ma lecture, que la femme voit inversement dans ses amants la pluralité de l'homme. Logique imparable. Puis je continue la lecture. Ah non ! La femme, elle, voit tous les hommes dans un seul et unique : son mari... Et Monsieur Jung de poursuivre son propos sans même se donner la peine de le cacher entre les lignes... Mais il faut qu'elle comprenne que c'est pas possible. Sinon elle met trop de pression sur l'épaule de son pauvre mari qui ne peut assumer tous les rôles et être parfait. Je vous épargne les commentaires en direct à chaud... Je n'invente rien c'est écrit noir sur blanc

- Machisme et Patriarcat omniprésents qui donne la lecture choquante de phrases telle que "la femme appartient à l'homme"... Cependant c'est tragiquement édifiant quant-à la société de l'époque et de la situation des femmes qui devaient vraiment avoir une Persona très développée et une part d'Ombre en effet énorme puisqu'on leur interdisait d'être elle et de penser par elle même. C'est à remettre en contexte certes, on est dans l'entre-deux guerre en 1933 quand ce livre est publié pour la première fois... Mais l'édition que je tiens en main est de 1961... Je parcours les quelques annotations de la part du relecteur, pour me rassurer de l'évolution des choses. Elles sont malheureusement très minimes sur le rôle que tient la femme. Et nous comprenons, mon conscient, mon inconscient et moi, déçu.e.s... que cela n'a pas beaucoup bougé en 30 ans... Heureusement on a droit à une phrase de bas de page du relecteur qui donne espoir en disant qu'à son avis, la société de demain aura tout à gagner à ce que l'homme accepte sa part de féminité et la femme sa part de masculinité. Ouf... et merci !

- Les concepts d'Anima (féminité) : Les Caprices et les Humeurs typiquement féminines c'est bien connu... rappelons qu'on est encore aux notions de l'hystérie féminine exclusivement soutenues par S. Freud VS l'Animus (masculinité) : Les Opinions typiquement masculines c'est bien connu aussi... Les femmes ne pensent pas par elle même voyons !  Et les hommes ne sont soumis à aucun sentiment ni émotion voyons ! Jung t'es sérieux ? Présentés comme ça je ne peux et ne veux surtout pas y souscrire ! Surtout qu'on reste dans une notion binaire du monde et des humains, et alors que fait-on de toutes celles et tous ceux qui ne rentrent pas dans tes cases ? Par exemple, les LGBT ou les Non-Binaires Monsieur Jung ?

- Même question pour la notion de transfert et la césure psychique avec les parents. D'après Jung on trouve en grandissant LA personne qui nous correspond et permet de couper le lien parental proprement pour être équilibré et éviter Oedipe. Bien entendu cette personne est : son mari pour la femme et inversement sa femme pour l'homme. Ah... pour une fois y a égalité pourquoi tu râles ?? Aucun autre scénario possible qu'un mariage hétérosexuel dans les règles... Donc Mea culpa à tous les paxés, célibataires, LGBT et autres relations non soumises aux lois religieuses de l'univers : vous ne serez jamais aboli du joug parental selon Jung... pour la belle jambe que ça vous fait...

C.G. Jung et sa Dialectique du Moi et de l'Inconscient C.G. Jung et sa Dialectique du Moi et de l'Inconscient C.G. Jung et sa Dialectique du Moi et de l'Inconscient

Pour conclure sur cette lecture, et pour rire encore un peu, je vais finir avec la notion de "Mana". Elle m'a fait sourire à chaque phrase parce que d'après ce que j'en comprenais, j'y voyais une sorte de super pouvoir magique qui nous permettait de faire face au monde. En gros dans le texte, c'est l'acceptation et l'assimilation de l'Anima (la part féminine de soi) alors on peut dire que c'est un pied de nez au sexisme pas du tout latent et ce n'est pas un euphémisme ^^ qui transpire dans le livre que de dire que c'est la part féminine de nous qui nous donne un super pouvoir non ?

 J'attends avec impatience vos avis sur le sujet, si vous souhaitez en discuter ;) et vos conseils de lecture si vous avez d'autres théories sur le cerveau et le moi. Enjoy-it !

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"Pardon" à la loupe

Publié le par Chokopims

Il y a quelques temps (lointain) je vous parlais des nuances en traduction et de la question de culture très prégnante dans chaque langue qui a participé à sa formation, sujet très vaste et intéressant à mon avis, surtout quand on apprend ces dites langues. J'ai eu envie de récidiver...

"Pardon" à la loupe

Pourquoi ? Et bien parce que j'avais (re)commencé des cours de japonais, et que je venais de finir un livre très intéressant sur la culture nippone intitulé Le chrysanthème et le sabre de Ruth Benedict, un essai commandé par les américains en 1944 parut en 1948 (juste après la guerre) pour mieux comprendre leur adversaire de la Seconde Guerre Mondiale. L'anthropologue y dresse un tableau du système et du fonctionnement de la société japonaise, d'après des témoignages de ressortissants japonais installés aux Etats-Unis et des récits. Sans avoir elle même, posé le pied sur le sol nippon, c'est un sacré challenge ! Au fil des pages, j'étais tombée sur ce fait culturel très intéressant et parlant :

Les japonais pour dire "merci" utilisent des formulations de politesse d'excuse ! Car culturellement au Japon donner quelque chose à quelqu'un lui rendre service l'aider, c'est lui imposer un ON une "dette" future qu'il doit "rembourser" alors là je vais mettre des guillemets partout, je vous ai fait un topo sur la nuance la dernière fois donc je crois que c'est clair XD. D'ailleurs c'est très étonnant de voir tout le système de ON "dette" qu'ils ont et comment l'imbrication de l'une dans l'autre peut créer des dilemmes incroyables. Notamment parce que les deux ON les plus marquants de la vie d'un japonais sont, celui qu'il doit à l'empereur, et on comprend aisément, pourquoi ce fut si important lors de la Seconde Guerre Mondiale et celui qu'il doit à sa famille, notamment ses parents, qui l'ont élevé et cela explique la vie commune de plusieurs générations sous le même toit. Je ne m'étendrai pas plus sur le sujet aujourd'hui, vous pouvez aller lire cet essai à la place, très instructif bien qu'un peu daté ! Car mon sujet n'est pas exactement là... Alors sans plus de cérémonie faisant un zoom et passons, comme intitulé dans le titre,  le "Pardon" à la loupe !

On vient de le voir les japonais disent merci en s'excusant d'avoir "déclenché une dette future" qu'ils devront à leur interlocuteur, qui leur a rendu service... A cette lecture, la question que ça m'a posé c'est : et en Europe qu'en est-il du pardon ? Pourquoi et de quelle manière s'excuse-t-on ?

En France on demande très peut-être trop... souvent aux enfants de demander pardon. Et la formulation m'a toujours interpellée. "Je m'excuse" comment peut-on s'excuser soi même ? "Excuse moi" bon c'est peut-être mieux. Et puis au moins ça laisse à l'autre le droit de dire "non je t'excuse pas !" Parce qu'à la fin, à toujours demander "pardon" à tout va, on finit par être "désolé" de tout ou "désolé" de rien... Il y a ceux et celles qui s'excusent sans raison, culpabilisés par tout, à côté de celles et ceux qui acceptent trop facilement les bonnes et même les mauvaises excuses. Celles et ceux qui pensent que s'ils disent "pardon" tout sera immédiatement pardonné ou arrangé. "Dis pardon au verre que tu as brisé... Est ce que ça le réparera ?"  Mais aussi ceux et celles qui refusent de demander pardon, parce qu'ils n'ont rien à se reprocher, parce qu'ils n'en ont pas envie, parce qu'ils n'ont pas compris qu'il y avait un réel problème, parce qu'ils sont dans le déni, parce que "ça ne changera rien" et etc... la liste est loin de s'arrêter là.

Prenons le temps puisqu'il le faut aussi généralement pour pardonner de remonter étymologiquement le sujet : pardon vient du latin per donare ce équivaut à "faire don de quelque chose", en gros c'est celui qui est offensé qui a le pouvoir d'accepter la demande de l'offenseur. Vais-je lui faire don de ma résilience et passer outre le fait que j'ai été blessé ? Ne nous le cachons pas, nous voyons de suite que tout est une question de point de vue, de valeur, de culture encore une fois ^^, mais surtout de bon sens, et de gravité des choses ! C'est un terme qui a traversé les frontières européennes avec les langues latines, puisqu'en Italie on a droit à "Perdono" pas très loin de son homologue espagnol d'ailleurs et en anglais "Pardon" s'écrit de la même manière même s'il se prononce différemment. Pour les Excuses c'est un peu pareil ! Mais d'où vient-il ? Et bien... Vous connaissez Accuser ? Excuser c'est son contraire ;) Cuser vient de Causa la cause "Ac-cuser" c'est mettre en cause (pour un acte) et "Ex-cuser" c'est dédouaner quelqu'un de cette cause... Et du coup il y a une notion de juridiction derrière, on juge l'auteur - coupable ou non coupable this is the question - à savoir si on va l'inculper ou le disculper en fonction des raisons de son acte, pour lequel il demande "pardon". Et j'en reviens à l'idée de départ que des excuses, à mon avis, peuvent être refusées...

Quand au désolé pour hier soir... il vient du latin desolare, "ravager, dépeupler" et il met en scène le sentiment de peine, de regret. Ce qui est intéressant c'est les autres emplois du mot "désolé" et des mots de la même famille comme "désolation", "désolement". Quand on dit que "tout est désolé", en parlant d'un lieu, on a de suite la notion de solitude, de sécheresse, de vide, de fléau, d'affliction, ou de pauvreté et peut-être même quand on y réfléchit, une image de fin du monde, d'apocalypse genre la désolation de Smaug le dragon de Bilbo le Hobbit... Bref ce mot a peut-être perdu de son sens profond d'origine car le terme premier semblait contenir tant de sentiments démesurés pas toujours adaptés aux situations les plus banales de la vie quotidienne comme par exemple quand on dit "Désolé j'ai eu un contretemps, j'aurais dix minutes de retard."   

En parallèle si on s'intéresse à l'allemand, on retrouve le même type de formulation désolé et pardon vont se traduire par "Es tut mir Leid". Leid venant de douleur, on y met aussi des sentiments, mais cela engage plus la personne concernée avec la présence du "mir" (représentant le je) qui implique dans la phrase  littéralement "ça me fait mal" donc des excuses grandement basées sur le ressenti. "Die Entschuldigung" (une excuse) et "Entschuldigen Sie mich (bitte)" (excusez moi svp) quant-à-eux sont basés sur le terme de "Schuld", qui exprime le ressentiment de la faute, la culpabilité à laquelle on ajoute le préfixe -Ent. Il cherche, ici aussi, à marquer l'opposition "schuldig" être coupable (responsable d'une faute) versus entschuldigen être déculpabilisé.

A peu de chose près on peut dire que pour ce qui est du pardon et de la faute voir même du pêché oserais-je dire, suivez la suite de mon raisonnement vous comprendrez..., les origines européennes du mot se rejoignent ! A mon avis, cela est fortement lié à une histoire de culture chrétienne commune, datant du Moyen-Âge, qui avait coutume de se confesser, de demander pardon et de "pardonner à ceux qui l'ont offensé".  

 

Concrètement (ou pas) dans une image plus laïque en métaphore filée et peut-être, un peu plus parlante (ou pas), ça se passe comme ça :

Le tribunal du pardon (votre cerveau) est ouvert pour rendre justice (d'un acte commis à l'encontre de votre personne) l'avocat de la défense (souvent l'auteur lui même ou parfois un médiateur) devra se justifier des faits pour lesquels il s'est rendu coupable/responsable. Pour cela il va devoir prouver sa sincérité devant les juges pour éviter de rester sur le banc des accusés. Le verdict sera rendu par le tribunal du pardon, coupable ou non-coupable, circonstances atténuantes ou aggravantes, ... et parfois plus que des mots d'ex-cuses, il faudra avoir recours à des actes réparateurs pour sortir libérés du poids plus ou moins lourd de la responsabilité pour laquelle nous étions remis en cause.

 "Pardon" à la loupe 

Pour conclure, en ces temps de conflit en Europe, j'ai trouvé opportun de sortir cet article en construction depuis un moment... Accorder le pardon pour des crimes contre l'Humanité, contre le droit humain. Peut-on s'en sortir avec des seules excuses publiques verbales ? Voilà de quoi nous faire réfléchir sur notre relation au pardon, au travers de son étymologie et des valeurs culturelles qu'il brasse. Réfléchir aussi sur nous et notre lien avec lui. Car oui... Et nous ? En tant qu'individu, comment et quand demandons-nous pardon ? 

 En espérant que cet article aura éclairé votre lanterne comme la mienne :) suite au prochain épisode...

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Traduire l’invisible : ces nuances qui changent tout

Publié le par Chokopims

J'ai toujours eu du mal à traduire d'une langue à l'autre. J'aurai fait une très piètre interprète et c'est d'ailleurs la raison principale qui m'a décidée à bifurquer de mes études de LCE allemand au profit de la géographie. Ce qui me bloquait le plus dans les traductions et versions que nous passions de l'allemand au français ou du français à l'allemand et qui me bloque d'ailleurs encore souvent... c'est cette question de nuance. Parfois même trop souvent à mon goût le mot que l'on veut traduire n'a pas d'équivalent exact dans l'autre langue. On s'en approche mais c'est pas tout à fait ça, non pas assez... Ou pire ! Il n'existe tout simplement pas dans la langue. Auquel cas comment le traduire ? Car toute langue véhicule des valeurs culturelles, des idées et des images derrière tout emploi de mot  je vous avais déjà parlé de cette notion dans un article précédent sur le thé. Le mot traduit va non seulement, dépendre du contexte d'utilisation, mais aussi du récepteur et de l'émetteur ainsi que de leur propre prisme culturel...

Pour illustrer ces propos un bon exemple en allemand est sans doute le Fernweh, vous connaissez peut-être déjà le Heimweh de heim = domicile / foyer et weh = douleur / mal qu'on pourrait se contenter de rapprocher du "Mal du pays" français mais en vérité, c'est tellement plus... Puisque c'est le manque du foyer, de la maison, qui représente la nostalgie d'un petit cocon confortable, plus centré sur sa ville natale, son village d'origine ou sa maison de famille, lié à l'affection qu'on lui porte que du "pays" au sens large. Donc le Fernweh de fern = distance et weh = douleur / mal lui c'est un peu l'opposé, il représente l'envie de partir en mettant une distance avec le lieu où je me trouve actuellement, d'aller loin, être en mal de voyager après le confinement qu'on a vécu on comprend beaucoup mieux cette notion de "nostalgie du voyage" ^^. Pour essayer de vous en faire une idée plus précise : si le Heimweh c'est le désir et la nostalgie de retourner chez soi, quand on est un peu casanier, le Fernweh c'est un peu le désir et la nostalgie de partir dans des pays loin ou inconnus pour les aventuriers. Deuxième exemple et non des moindre, parlons aussi de mots maux quotidiens ! Avec le Ohrwurm, "le ver d'oreille", qui signifie avoir une chanson en tête dont on arrive pas à se débarrasser les fans incontestés de Kaamelott auront une image précise de ce que peut être le Ohrwurm... Et proposeront peut-être de le nommer en français une "Volette" (ou pas) mais ça prouve bien que c'est véhiculé par une culture, puisque lié à des éléments culturels français, en l’occurrence ici, une série TV.

Et c'est comme ça que je retombe sur mes pattes ! ;)

  Avant de traduire, il faut tout mettre sur la balance et soupeser. Je dois savoir exactement comment je vais traduire chaque mot et les imbriquer pour en faire des phrases afin que le public cible saisisse les informations données tel que l'émetteur les a transmises. Ainsi la traduction s'appuie d'abord sur l'interprétation "que veut réellement dire l'auteur ?" puis sur la réinterprétation pour ses auditeurs, plus ou moins attentifs...  Il faut aussi prendre en compte le prisme culturel des récepteurs. Au risque de se retrouver face à un échec critique de transmission ! C'est notamment ce qui fait que l'humour traduit est parfois une tâche des plus ardue... Dans cette catégorie, je citerai Les Bronzés font du ski, un film qui fait rire tout français par ses caricatures, mais laisse de marbre les allemands qui sont loin de comprendre l'engouement. Et pour cause... En effet le comique est bien trop basé sur des habitudes culturelles et historiques françaises de "vacances à la montagne annuelles" où chacun peut reconnaitre les travers de certaines personnes qu'il/elle connait ou a déjà rencontré, renforcé à l'extrême. Les allemands n'ont en aucun cas ce rapport mis en avant dans le film aux vacances d'hiver et au ski. Ils ne peuvent donc pas regarder ce film en néophyte, le contexte culturel, historique ainsi que les habitudes françaises doivent être connues pour en comprendre tous les tenants et les aboutissants et en profiter au maximum. C'est aussi le cas de films asiatiques qui se sont plus ou moins mal transportés jusque chez nous. Certains nécessitent une connaissance particulière de la culture et/ou des rouages contextuels du pays émetteur sans parler de film de propagande historique... que je mets de côté, je pense que Parasite de Bong Joon-Ho est un de ces films qui mérite de le voir en connaissance de cause sans quoi on passe à côté du message Et c'est bien pour cette raison qu'il existe des remakes de films. C'est une manière de garder et de transmettre l'histoire et le concept de l’œuvre, tout en s'adaptant à son nouveau contexte culturel et historique mais aussi de rentrer dans les codes du public visé. Cela permet de faire traverser les frontières à des films qui n'auraient pas eu la chance de le faire sans ces changements. Et bien entendu, d'un autre côté, il y a l'argument du marketing... En Asie souvent quand le film ou le drama fait un carton dans le pays, on surfe sur la vague et on réadapte à sa sauce en remettant au goût du jour, et au goût des fans... Car oui, généralement, les fans d'une œuvre se tournent (très) souvent sur les remakes pour comparer, si vous en doutiez ^^

 Bref ! La traduction c'est un métier !

Une excellente version française d'une œuvre étrangère culte demande un travail impressionnant pour obtenir une bonne réception dans les meilleures conditions. En plus de l'intérêt du plurilinguisme, de l'ouverture culturelle et de la VO,  qui mériteraient tout un autre article, On voit bien que la traduction relève selon son contexte de toute une palette de nuance !

Il vous faut une autre preuve ? A Berlin lors de l'échange franco-allemand, on nous a raconté une anecdote amusante. Lors de la recherche d'un traducteur pour des fins de rédaction de traité franco-allemand, devant une assemblée attentive de personne, à la question, "Nous avons besoin d'un traducteur qui pourrait s'en charger ?" en allemand dans le texte la réponse du premier candidat fut "mich". Soit l'équivalent mot pour mot du "moi". L'interlocuteur de lui répondre un "Non, pas vous de préférence." Pourquoi  ?? A dû s'insurger le "vous"... Eh bien parce que ce "moi" en français peut être à la fois complément d'objet direct ou indirect pour reprendre le "je" dans une phrase, mais aussi comme c'est le cas ici... sujet ! La tournure française emploie en effet le "moi" comme sujet de réponse quand le verbe est éludé. En gros on abrège "je veux m'en charger" en "moi" sujet. Ce qui est impossible en allemand. Etant donné qu'ils ont un système de déclinaison auxquels ils se tiennent, pas comme les nombreuses exceptions françaises ^^ ils vont employer eux la notion de "je" sujet au nominatif soit "ich" et non mich ou même mir (même si ce sont les équivalents du moi respectivement déclinés à l'accusatif et au datif en fonction de l'emploi comme COD ou COI dans la phrase). Comme quoi, des fois, à une lettre près...

Traduction : tout est une question de nuance

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