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Kim Ji-Young : Born 1982 de Cho Nam-Joo

Publié le par Chokopims

Après vous avoir parlé de films coréens en tout genre et montré comment j'ai pu apprécier un film de Wim Wenders sur le Japon... J'ai réfléchi à un  autre film coréen plus récent, dont je voulais absolument vous parler qui est en fait adapté d'un livre - lui aussi coréen et dont je voulais vous parler - qui a connu un très large succès. J'ai adoré le livre et l'adaptation en film et je me devais donc de vous les conseiller sans plus tarder !

Kim Ji-Young : Born 1982 de Cho Nam-JooKim Ji-Young : Born 1982 de Cho Nam-Joo

Tout d'abord, petite parenthèse : je ne suis pas ici pour débattre de l'ordre dans lequel il faut s'en imprégner... Généralement je préfère lire un livre avant de regarder son adaptation pour me faire mes propres représentations de l’œuvre. Enfin c'est ce que je croyais... Cependant, il m'est arrivé aussi, à l'inverse, de regarder un film ou une série avant de lire le livre, de manière consciente afin de me faire une idée de la chose, ou inconsciente, parce que j'ignorais que c'était une adaptation, et cela m'a donné plusieurs fois envie de lire le livre pour approfondir le sujet. Alors soyez tranquille : choisissez l'ordre qui vous convient en tout état de cause :)

C'est parti donc pour une plongée dans la vie quotidienne en Corée du Sud, du point de vue... des femmes ! Parce que oui, on est d'accord, de notre point de vue européo-centré, on trouve que "c'est pas tip-top l'égalité des sexes en Asie", et pour cause, avec l'image des systèmes patriarcaux bien ancrés...  sans forcément en connaitre les réalités... Actuellement, la situation est particulièrement préoccupante en Corée du Sud, avec la montée des partis masculinistes, et le recul des avancées en faveur des droits pour les femmes.  Si vous êtes en train de vous faire la réflexion suivante : "Bizarre pour un pays si moderne." vous êtes à la bonne adresse ! Par exemple, le statue des mères au foyer qui travaillent est encore mal vu, les femmes doivent souvent choisir entre carrière et enfant car la réalité de la conciliation des deux est difficile, notamment par une pression sociale et sociétale énorme dans laquelle il est loin d'être évident de s'émanciper. A tel point que depuis les années 2010, un  mouvement féministe 4B (4B 운동 undong) propose comme moyen de contestation quatre piliers directeurs de vie : le refus de se marier, de sortir ou d'avoir des relations sexuelles avec un homme, ainsi que d'avoir des enfants. Certaines coréennes choisissent même de s'expatrier dans d'autres pays pour fuir ou échapper à ces attentes sociales.

Le livre dont je voulais vous parler, s'intitule Kim Ji-Young, née en 1982 [82년생 김지영] de Cho Nam-Joo, paru en 2016, il est inspiré de l'expérience et l'analyse personnelle de son autrice et brosse un profil de cette société coréenne étouffante dont je vous parlais quelques lignes plus tôt ainsi que de l'influence qu'elle a sur le personnage principal du roman : Kim Ji-Young. Cette jeune femme est une séoulite trentenaire ordinaire, employée de bureau, mariée et qui vient de mettre au monde un enfant. Avec ce changement dans leur vie, elle se voit obligée d'arrêter son travail qu'elle aime et où elle s'épanouit pour pouvoir élever sa fille. Sous la foule de contrainte qu'elle subit, elle en vient à souffrir d'un trouble psychologique, que je vous laisse découvrir. Touchant témoignage d'une pression sociale énorme, ce livre raconte de même comment des générations de femmes se sont imprégnées de ce carcan traditionaliste, en s'intéressant aussi, par le biais de Kim Ji-Young, à la vie de sa grand-mère, de sa mère, de sa sœur et de toutes les femmes qui ont croisé et croiseront sa route.

De notre point de vue, si on s'intéresse vaguement à la Corée du Sud, on apprécie sa modernité, son adaptation impressionnante aux nouvelles technologies, son dépaysement avec des coutumes différentes des nôtres, qui propose une plongée dans le folklore et le traditionnel que parfois nous avons nous même perdu en Europe, de par le mélange des populations. On l'imagine à mi-chemin entre les deux, progressiste, s'engageant dans le monde moderne et conservatrice, préservant son patrimoine, mais son revers de médaille est là, montré du doigt, ancré comme on l'a dit dans ce carcan de société traditionaliste qui est un poids pour la condition féminine réduisant fortement leurs possibilités et limitant les choix...  Un sujet intéressant, original et indispensable, sur la vie courante, et si révoltante parfois, des filles en Corée du Sud, et ce tout au long de leur parcours, de leur naissance à leur mort, une thématique prenante, traitant plusieurs âges cruciaux de la vie de la jeune femme, née en 1982, dans ce système encore amplement patriarcal, une critique osée de la société coréenne moderne et de ce qu'elle cache plus ou moins bien...

Kim Ji-Young : Born 1982 de Cho Nam-JooKim Ji-Young : Born 1982 de Cho Nam-Joo

L'adaptation en film de ce best-seller, date de 2019, le titre original est le même Kim Ji-Young, née en 1982 [82년생 김지영] et il a été réalisé par Kim Do-Young, une réalisatrice coréenne dont c'est le premier film, qui a travaillé en étroite collaboration avec l'autrice Cho Nam-Joo. Le résultat est bluffant, c'est un magnifique portrait de Kim Ji-Young, et de toutes les autres femmes coréennes qu'elle représente au travers de son histoire. C'est aussi un excellent contre pied à toutes les polémiques que les sorties, coup sur coup, du livre et du film ont suscité en Corée du Sud. Si ça vous intéresse vous pouvez lire des articles à ce sujet sur le web. En espérant que cela change quelque chose à leur vie future. Au niveau du scénario, l'évolution du synopsis est fidèle, amené par une caméra et un travail sur les plans et la photo, qui donnent vie à l'histoire, ce qui nous fait constaté que les deux femmes ont réellement travaillé de concert. De plus on ne peut pas négliger que le duo des deux acteurs principaux, Jung Yu-Mi et Gong Yoo, fonctionne à merveille. Il est juste et touchant, et je souhaitais saluer ce casting parfait. Vraiment de mon point de vue c'est un très beau film qui mériterait d'être plus connu ! :)

 

Sur ce je vous laisse méditer sur la question ! En espérant que vous vous êtes rendus aux urnes européennes aujourd'hui, afin d'essayer de rendre ce monde meilleur et encore plus égalitaire ! Parce que oui, restons Utopim'ste jusqu'au bout ~

 

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C.G. Jung et sa Dialectique du Moi et de l'Inconscient

Publié le par Chokopims

C.G. Jung et sa Dialectique du Moi et de l'Inconscient

Avec Léoly on parle souvent bouquin... on échange paroles et livres, on se conseille des lectures, on critique fond et forme, on débat, ... Bref on élargit notre vision des choses. Dernièrement on a commencé à discuter sur des notions de psychologies, grâce ou à cause de la Time Line des BTS qu'elle décode dans son blog ;) et que moi, petite scientifique de formation, était loin de maitriser. Elle me parlait de "Persona" "Ombre" "Anima" et "Animus" et avançait un certain Carl Gustav Jung père fondateur de ces idées...

Curieuse j'ai donc emprunté le livre où reposent les bases de ces concepts pour mieux comprendre de quoi il en retournait... Et puisque je l'ai lu et que j'ai énormément de choses à dire à ce sujet vous allez non ne me remerciez pas écoper d'une critique tout à fait personnelle de la Dialectique du Moi et de l'Inconscient de Monsieur Jung.

 

C'était qui ce Carl Gustav Jung déjà ? Un médecin psychiatre (1875-1961), père fondateur de la psychologie analytique, un des premiers disciples de Sigmund Freud ouioui celui là même obsédé par le complexe d'Oedipe et l'hystérie soit disant typiquement féminine qui vous rebute à l'entrée dans l'histoire de la psychanalyse... Ne le détestez pas tout de suite en le mettant dans le même panier ! Pour sa défense, ils se sont séparés d'un commun accord pour "divergences de points de vue à la fois théoriques et personnelles"... Et puis Jung, grâce à ses travaux, a aussi dressé les bases des différents types psychologiques, et ce dès 1921, que l'on retrouvera développées et retravaillées en 1962 dans le fameux test MBTI (Myers Briggs Type Indicator) dont vous avez peut-être déjà entendu parler surtout qu'il a le vent en poupe en ce moment. Carl Gustav Jung est un chercheur, essayant de faire avancer la connaissance de la psyché humaine. Pour cela, il consigne ses découvertes, il s’appuie sur ses cas cliniques afin d'étayer ses propos et élaborer des théories psychologiques en résultant.

 C.G. Jung et sa Dialectique du Moi et de l'Inconscient C.G. Jung et sa Dialectique du Moi et de l'Inconscient C.G. Jung et sa Dialectique du Moi et de l'Inconscient

Bon et qu'est-ce qu'il en dit de notre fonctionnement psychologique dans son livre ? Avec ici, en vrac ce à quoi j'ai (sur)-réagi ...

- La notion de Persona, ces "masques" de personnalités publiques, à l'origine persona étant le nom latin des masques portés au théâtre. En fonction des normes sociales des groupes auxquels, l'humain veut ou va appartenir, il développe cette ou ces Persona, ces masques afin d'aligner sa personnalité et ses comportements aux demandes et aux attentes de l'environnement extérieur : il se fond dans la norme et s'adapte pour survivre. A vrai dire il y a pas mal d'expressions liées à cette image comme "tomber les masques" ou "ne pas se fier aux apparences". Il est difficile de nier que tout être humain s'adapte aux normes de la société, de la culture dans laquelle il nait, grandit et vit. Les valeurs peuvent être différentes et on accepte certaines choses dans une société, communément admise, qui ne le seront pas dans une autre. Historiquement parlant la société et les normes sociales de Jung, ne sont pas les mêmes que les nôtres et cela se lit clairement dans son style et son traitement de la gente féminine pour ne citer que cet exemple. On obtient donc un humain conforme à la société, non pas conforme à lui même et qui n'est pas toujours lucide à ce sujet, ne se rend pas compte, qu'il a été façonné dans le milieu, l'environnement, qui l'a fait grandir. ça emmène à se poser beaucoup de question dès le début de ses essais Jung va plus loin en disant que : si on s'identifie trop à notre Persona et qu'on ne prend pas conscience qu'elle existe, que l'on se cache donc derrière nos masques, il peut y avoir une grave crise psychologique. Il ajoute que toutes les Persona cachent leur part d'Ombre et que celle-ci est plus ou moins grande en gros tout ce qui ne sera pas acceptable dans la société dans laquelle la personne vit.    

- L'Ombre donc... Le côté obscur de la force, Je suis ton père Luke... notre côté sombre, lié aux côtés primitifs, égoïstes, désavoués et refoulés ça vous rappelle t y pas quelque chose ? Freud bien sûr ;) C'est un peu la théorie de Dr Jeckyll et M. Hyde. Mais... ce n'est pas forcément que du négatif qui est refoulé, là est l'idée intéressante derrière ! Ce qui est réellement "enfermé" dans l'Ombre, c'est seulement tout ce qui ne correspond pas, n'entre pas dans les cadres de la société et de ses normes. C'est ce qui est considéré comme "mauvais" dans les termes de l'éducation qui a été imposée, et remettons encore une fois en contexte, historiquement parlant pour Jung, par la société judéo-chrétienne européenne et ses mœurs morales. Jung nous explique qu'il existe différents types d'Ombre et que les confronter, leur faire face, en avoir conscience, permet d'atteindre le bien être et la liberté. S'échapper des carcans de la société à laquelle on s'est adaptée et se demander réellement si ce trait de caractère en nous est bon ou mauvais d'un point de vue totalement objectif. Faire renouer sa Persona et son Ombre, afin d'être soi enfin là j'extrapole à ma propre interprétation.  

- La où ça dérape... Une justification de l'adultère de l'homme et de l'homme seulement j'insiste peut-être pour se donner à lui bonne conscience... je me retrouve nez à nez avec une phrase du genre "l'homme voit la pluralité de la femme et la retrouve dans chacune de ses maitresses". De mon point de vue de femme du XXIeme siècle j'avance donc, avant de continuer ma lecture, que la femme voit inversement dans ses amants la pluralité de l'homme. Logique imparable. Puis je continue la lecture. Ah non ! La femme, elle, voit tous les hommes dans un seul et unique : son mari... Et Monsieur Jung de poursuivre son propos sans même se donner la peine de le cacher entre les lignes... Mais il faut qu'elle comprenne que c'est pas possible. Sinon elle met trop de pression sur l'épaule de son pauvre mari qui ne peut assumer tous les rôles et être parfait. Je vous épargne les commentaires en direct à chaud... Je n'invente rien c'est écrit noir sur blanc

- Machisme et Patriarcat omniprésents qui donne la lecture choquante de phrases telle que "la femme appartient à l'homme"... Cependant c'est tragiquement édifiant quant-à la société de l'époque et de la situation des femmes qui devaient vraiment avoir une Persona très développée et une part d'Ombre en effet énorme puisqu'on leur interdisait d'être elle et de penser par elle même. C'est à remettre en contexte certes, on est dans l'entre-deux guerre en 1933 quand ce livre est publié pour la première fois... Mais l'édition que je tiens en main est de 1961... Je parcours les quelques annotations de la part du relecteur, pour me rassurer de l'évolution des choses. Elles sont malheureusement très minimes sur le rôle que tient la femme. Et nous comprenons, mon conscient, mon inconscient et moi, déçu.e.s... que cela n'a pas beaucoup bougé en 30 ans... Heureusement on a droit à une phrase de bas de page du relecteur qui donne espoir en disant qu'à son avis, la société de demain aura tout à gagner à ce que l'homme accepte sa part de féminité et la femme sa part de masculinité. Ouf... et merci !

- Les concepts d'Anima (féminité) : Les Caprices et les Humeurs typiquement féminines c'est bien connu... rappelons qu'on est encore aux notions de l'hystérie féminine exclusivement soutenues par S. Freud VS l'Animus (masculinité) : Les Opinions typiquement masculines c'est bien connu aussi... Les femmes ne pensent pas par elle même voyons !  Et les hommes ne sont soumis à aucun sentiment ni émotion voyons ! Jung t'es sérieux ? Présentés comme ça je ne peux et ne veux surtout pas y souscrire ! Surtout qu'on reste dans une notion binaire du monde et des humains, et alors que fait-on de toutes celles et tous ceux qui ne rentrent pas dans tes cases ? Par exemple, les LGBT ou les Non-Binaires Monsieur Jung ?

- Même question pour la notion de transfert et la césure psychique avec les parents. D'après Jung on trouve en grandissant LA personne qui nous correspond et permet de couper le lien parental proprement pour être équilibré et éviter Oedipe. Bien entendu cette personne est : son mari pour la femme et inversement sa femme pour l'homme. Ah... pour une fois y a égalité pourquoi tu râles ?? Aucun autre scénario possible qu'un mariage hétérosexuel dans les règles... Donc Mea culpa à tous les paxés, célibataires, LGBT et autres relations non soumises aux lois religieuses de l'univers : vous ne serez jamais aboli du joug parental selon Jung... pour la belle jambe que ça vous fait...

C.G. Jung et sa Dialectique du Moi et de l'Inconscient C.G. Jung et sa Dialectique du Moi et de l'Inconscient C.G. Jung et sa Dialectique du Moi et de l'Inconscient

Pour conclure sur cette lecture, et pour rire encore un peu, je vais finir avec la notion de "Mana". Elle m'a fait sourire à chaque phrase parce que d'après ce que j'en comprenais, j'y voyais une sorte de super pouvoir magique qui nous permettait de faire face au monde. En gros dans le texte, c'est l'acceptation et l'assimilation de l'Anima (la part féminine de soi) alors on peut dire que c'est un pied de nez au sexisme pas du tout latent et ce n'est pas un euphémisme ^^ qui transpire dans le livre que de dire que c'est la part féminine de nous qui nous donne un super pouvoir non ?

 J'attends avec impatience vos avis sur le sujet, si vous souhaitez en discuter ;) et vos conseils de lecture si vous avez d'autres théories sur le cerveau et le moi. Enjoy-it !

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