Si j'ai choisi le métier d'enseignant, c'est en partie pour sa pluridisciplinarité. Je me suis toujours intéressée à tout, et décider de se concentrer sur une seule chose me semblait impossible... Du coup vu qu'actuellement si vous n'êtes pas encore au courant... enseignant englobe pas mal de métiers dont certains insoupçonnés... Comme infirmier, psychologue, maman bis, éducateur spécialisé, assistante sociale, comptable, banquier, bibliothécaire, organisateur de voyage, guide touristique, historien, mathématicien, conteur, ... et j'en passe et des meilleures. On peut dire que je ne me suis pas vraiment trompée... Et pour le coup je suis vite devenue une touche à tout qui s'adapte rapidement même à des scénarios un peu incongrus.
C'est ainsi que j'ai voulu essayer d'enseigner à d'autres publics et que j'ai signé à la VHS (Volkshochschule) pour enseigner le français à des groupes d'adultes. Je me suis d'abord retrouvée avec un simple groupe de débutant (A1), puis de fil en aiguille un second groupe d'utilisateur indépendant (B1).
J'avais dis que je vous raconterais mon expérience, en cet après-midi ensoleillé asseyons nous sous les rhododendrons car...
Il est l'heure du débriefing !
En plus de ces deux cours, j'en ai obtenu un autre pour le moins saugrenu intitulé "Alors on chante" qui est inspiré des chants de meute. En quoi ça consiste ? En gros on se retrouve une fois par mois, sans avoir au préalable préparé les chants pour une sorte de karaoké géant où l'on chante tous ensemble. Et... c'est plutôt amusant. Moi qui n'ai jamais pris un seul cours de solfège et qui n'ai jamais appris à jouer d'un instrument, hormis l'obligatoire flûte infernale des cours de musique du collège.... Je me retrouve devant un groupe d'adulte, à faire une improvisation de cours de chant mélangé à du karaoké. ET... ça marche !
Il est très intéressant d'apprendre à la fois une nouvelle langue (pour moi le coréen) et d'en enseigner une, car ça me permets d'être des deux côtés du miroir à la fois et de mieux comprendre les mécanismes de fonctionnement d'un cerveau adulte face à l'apprentissage d'une nouvelle langue. Encore plus, de mesurer les
obstacles, et les difficultés et surtout de comprendre les attentes d'un apprenant. J'avais quelques appréhensions comme tout débutant... Notamment sur mes méthodes un peu trop ludique peut-être mais j'ai pu continuer à enseigner avec et par le jeu, en m'adaptant à mes groupes en fonction de leurs attentes. Il y a encore et toujours des ajustements à faire, par exemple je prépare toujours beaucoup trop mais ça a l'avantage de leur laisser le choix entre mes propositions... Ajoutez aussi, comme avec les groupes d'enfants les activités "TOP" et les activités "FLOP"... C'est à dire, celles qui sur le papier semblaient géniales mais en fait non... C'était une fausse bonne idée ! Et celles qui au contraire ne semblaient pas terribles, où tu te lances à reculons et puis tu te dis : "Ah mais en fait c'est génial et si on la réutilisait de cette manière ?"
Je redécouvre moi même la langue française, car les adultes ont des questions plus poussées que les enfants sur le fonctionnement d'une langue, et parfois je reste sans voix, il me faut attendre la semaine d'après pour apporter une réponse, car je ne m'étais jamais posé la question, tellement certaines choses sont automatiques dans notre langue maternelle. Ainsi une fois, j'ai été bien en peine de justifier l'emploi du "bien" ou du "bon" dans telle ou telle situation. Alors... "C'est bon" ou "C'est bien" ?
Par contre je pense que je ne me sentirais pas à l'aise avec un groupe de C1 sans avoir eu de réelle formation en Lettre ou une plus poussée en FLE, l'utilisation du français devenant beaucoup trop pointilleuse... Avec un groupe de A1 et de B1 la question ne s'est pas posée, je me sens légitime d'enseigner ma langue maternelle et de donner du plaisir à la faire apprendre. En soi les A1 c'est un peu l'équivalent de la maternelle à l'école et je m'y connais assez dans ce domaine, surtout en terme de motivation. ;)
Bref tout roule à peu près finalement, même si la préparation des cours me demande du coup plus de temps, puisque j'ai six heures supplémentaires dans mon emploi du temps que je me suis imposée toute seule, par amour du défi sûrement !